Cecile-Marie ALIOUAT

Cecile-Marie ALIOUAT

Enseignant-Chercheur (MCU) à la Faculté de Pharmacie de Lille (Université de Lille 2), appartenant à l'équipe de recherche BDPEE (Biologie & Diversité des Pathogènes Eucaryotes Emergents) du CIIL, situé sur le site de l'Institut Pasteur de Lille.

Ma fonction au sein du réseau Fish-Parasites: coordinatrice remplaçante.

 

URL du site internet: http://pharmacie.univ-lille2.fr/accueil.html

Quelques généralités sur les parasites de poisson

Parasites présents dans les produits de la pêche

Sous toutes les latitudes, de nombreux parasites protistes (unicellulaires microscopiques) et métazoaires (pluricellulaires macroscopiques) peuvent être présents dans les poissons: au niveau des branchies, de la peau, du tube digestif, des muscles, etc. Certains peuvent être pathogènes pour l'homme. La contamination par ces parasites se produit après consommation de produits de la pêche crus ou insuffisamment cuits ou transformés (mariné, salé, fumé à froid, etc.). Dans ce cas, des pathologies généralement digestives peuvent se développer. Des réactions allergiques liées à la présence de certains parasites ont aussi été décrites. Par ailleurs, des parasites provoquent des altérations organoleptiques du poisson ou des produits dérivés, occasionnant ainsi des pertes économiques pour l'industrie de la pêche.

 

Tableau 1. Principaux parasites de poisson ayant un impact sanitaire et/ou économique. Les 3 parasites étudiés durant le programme Fish-Parasites sont encadrés en rouge (Cryptospordium) et en bleu (Anisakis et Diphyllobothrium).


Evolution des habitudes de consommation de produits issus de la filière pêche.

Selon les données de la FAO, la consommation de produits de la pêche dans les 27 pays de l'Union Européenne est de l'ordre de 22 kg/personne/an, valeur supérieure à la moyenne mondiale qui est de 19,2 kg/personne/an (données de 2012 publiées dans le rapport FAO, 2014). La consommation de poisson par la population française (environ 35 kg/personne/an) est 34 à 35% inférieure aux recommandations du Programme National de Nutrition et Santé (AFSSA, 2005). La consommation de produits de la mer en France devrait donc théoriquement augmenter dans les années qui viennent. D’ailleurs, l’étude CALIPSO, menée de 2003 à 2006, a montré que la consommation de poisson était inversement corrélée à la mortalité due aux maladies coronaires cardiaques et pouvait combler les besoins en acides gras omega-3 (CALIPSO, 2006). La tendance à la consommation croissante de poisson cru ou peu cuit est observée par de nombreux auteurs et institutions. Un rapport de l’AFSSA (2004) montrait l’émergence de nouveaux modes de production, préparation et consommation de la nourriture : par exemple, une consommation accrue de poisson cru mariné (ou pas), de nourriture exotique ou à emporter et une fréquence accrue à manger hors de chez soi. La popularité grandissante du « consommer cru » ou crudivorisme dans les pays occidentaux associée au nombre croissant de restaurants japonais peut ainsi favoriser l’émergence de parasitoses telles que l’anisakidose / anisakiose aigüe ou l’allergie induite par Anisakis.


Impact sur la qualité des produits

1) Les Myxosporidies

Les Myxosporidies sont des parasites microscopiques proches des Cnidaires. La plus connue des espèces appartenant à ce groupe est l’agent du tournis de la truite, Myxobolus cerebralis, qui est la cause d’une mortalité considérable dans les populations de salmonidés. D’autres espèces (ex: Kudoa) peuvent parasiter les poissons marins. Ces organismes forment des kystes visibles à l’oeil nu ou détruisent le tissu, détériorant ainsi les propriétés organoleptiques du produit. Le pouvoir pathogène de ces Myxosporidies pour l’homme n’est pas bien connu bien qu’il puisse exister un lien de causalité entre la présence du parasite dans les selles de patients immunodéprimés et des symptômes gastro-intestinaux (diarrhée, vomissements).

Figure 1. En haut, filets de thon (Thunnus atlanticus) présentant des kystes de Myxosporidies (Kudoa thunni, points blancs de 1-2 mm de diamètre). En bas, myxospore (Kudoa, sp.) observé dans un filet de merlu (Merluccius productus) dont les propriétés de texture étaient modifiées (chair fibreuse et cotonneuse). Crédits photos: Griffin et al., 2014, J Parasitol; Eduardo Dei-Cas (Institut Pasteur de Lille).

 

2) Les Microsporidies

Ces organismes microscopiques, proches des champignons, infectent les poissons, les insectes et les mammifères. Chez le poissons téléostéens, ils forment des structures kystiques blanchâtres  (appelées xénomes) visibles à l’oeil nu et souvent situés le long de la colonne vertébrale du poisson.
Il n’existe pas de données sur la pathogénicité pour l’homme des microsporidies retrouvées chez les poissons. Ces espèces (ex: Spraguea) sont assez éloignées du groupe des microsporidies (Enterocytozoon ou Encephalitozoon) qui peuvent être pathogènes pour l’homme, particulièrement chez l’hôte immunodéprimé.

Figure 2. En haut à gauche, xénome de Spraguea chez Lophius litulon; en bas à gauche, spores microscopiques contenus dans le xénome; en haut à droite, xénome de Spraguea chez Lophius piscatorius; en bas à droite, spores microscopiques contenus dans le xénome. Crédits photos: Freeman et al, 2004, Folia Parasito, Dr M. Gay (ANSES Boulogne s/mer).

 

3) Les crustacés du genre Sarcotaces

Ces parasites se présentent sous forme d’une poche grisâtre à noirâtre, située en périphérie des faisceaux musculaires dans les filets. Ces structures ovales peuvent mesurer 3-4 cm de long. Lorsque la poche est percée, s’en échappe un liquide noirâtre qui contamine le filet et le rend impropre à la consommation. Ces crustacés ne semblent pas être pathogènes pour l’homme.

Figure 3. Sarcotaces dans des filets de Lingue (Molva sp.). En haut, poche in situ (flèches); en bas à gauche, individu isolé de sa poche; en bas à droite, poche percée laissant échapper un liquide noirâtre. Crédits photos: Dr M. Gay (ANSES Boulogne s/mer).

 

4) Les vers plats du genre Diphyllobothrium

Les parasites du genre Diphyllobothrium sont des vers plats appartenant aux Cestodes. L’espèce Diphyllobothrium latum est la plus fréquemment rencontrée en France. Ce parasite est communément appelé le ténia du poisson et peut infecter l’homme lors de la consommation de poisson cru ou peu cuit. Voir la rubrique qui y est consacrée sur ce site.

Figure 4. Larve plérocercoïde de Diphyllobothrium latum dans des filets de perche. L’aiguille mesure environ 35 mm. Crédits photos: Pr J. Dupouy-Camet (hôpital Cochin, Univ. Paris Descartes).

 

5) Les Anisakidés

Les vers ronds appartenant à la famille des Anisakidés font partie des Nématodes. Leurs larves (quelques centimètres) sont présentes parfois en très grand nombre dans la cavité viscérale de nombreux poissons. Plus rarement, ces larves peuvent migrer dans les filets et infecter l’homme lors de la consommation de poisson cru ou peu cuit.
Voir la rubrique qui est consacrée aux Anisakidés sur ce site.

Figure 5. Larves d’Anisakidés dans la cavité viscérale d’un merlan et d’un maquereau. En bas à gauche, larves d’Anisakidés sur les caeca digestifs dans la cavité viscérale d’un maquereau; en haut à gauche, agrandissement des larves; en haut à droite, nombreuses larves spiralées sur le foie dans la cavité viscérale d’un merlan; en bas à droite, agrandissement des larves. Crédits photos: Dr M. Gay (ANSES Boulogne s/mer).

 

Surveillance et recherche concernant les parasites de poisson en Europe et en France.

Le laboratoire de référence des parasites de la communauté européenne (LR-UE, Rome, Italie) ainsi que le laboratoire national de référence pour les parasites transmis par les aliments (LNR, ANSES Maisons-Alfort, France) développent des recherches, une surveillance et un contrôle des zoonoses parasitaires incluant celles transmises par les produits de la filière pêche.

Depuis Décembre 2010, le réseau Fish-Parasites, coordonné à l’Institut Pasteur de Lille (dans l’équipe BDPEE) et financé par l’ANR-ALIA, s’attache à mesurer la prévalence des parasites de poisson (essentiellement Anisakidae, Diphyllobothrium et Cryptosporidium) pour une liste de 15 espèces de poisson dont la consommation est considérée à risque en France. Ces données sont intégrées au fur et à mesure de l’échantillonnage et de l’identification des parasites dans la base de données ParaFish, spécialement développée pour les besoins du projet par l’ANSES (Maisons-Alfort). De plus, une des tâches de l’action vise à mettre au point un prototype de détection automatique de larves d’Anisakidés dans les filets par vision intelligente en collaboration avec LASMEA (UMR6602 CNRS, Clermont-Ferrand) et SAS ARBOR Technologies (Landévant). Enfin, une plate-forme d’identification des parasites est opérationnelle à l’ANSES de Boulogne-s/Mer et des sessions de formation continue sur les parasites de poisson sont organisées à l’Institut Pasteur de Lille à destination des professionnels de la filière. Ces différentes activités visent à mieux définir le risque parasitaire associé à la consommation des produits de la pêche et à mieux le prévenir.

Par ailleurs, le laboratoire ANSES Boulogne-s/Mer est également partenaire du programme européen PARASITE (Parasite risk assesment with integrated tools in EU fish production value chains) financé dans le cadre de l'appel à projets KBBE. Ce programme PARASITE (2013-2016) vise à produire des arguments scientifiques et des développements technologiques pour détecter, surveiller et limiter l'impact des parasites zoonotiques, principalement les Anisakidae mais également les métacercaires de trématodes présentes dans les produits de la pêche européens et d'importation. Ce programme comprend entre autres des axes de recherche visant à 1) acquérir des données de répartition de ces parasites; 2) développer des outils de détection (presse hydraulique et PCR en temps réel); 3) acquérir des connaissances sur les capacités allergéniques de ces parasites et 4) développer une analyse quantitative du risque lié à ces parasites.

Le programme ABC-Fish (Anisakis-Blastocystis-Cryptosporidium-Fish, Avr. 2014-Mars 2016) est financé par la région Nord-Pas-de-Calais et coordonné à l’Institut Pasteur de Lille (dans l’équipe BDPEE). Ce programme vise à mesurer la prévalence des parasites (Anisakis, Cryptosporidium et Blastocystis) dans les poissons (maquereaux, merlans, harengs et lieus noirs) débarqués à Boulogne s/mer et dans les mammifères marins échoués sur les côtes du Nord-Pas-de-Calais. D’autre part, en partenariat avec les services de médecine du travail et de santé au travail des gens de mer de Boulogne s/mer, du service de médecine du travail du CHRU de Lille et des services d’Immunologie et de Parasitologie-Mycologie Médicale des CHRU de Lille et de Cochin, le volet clinico-épidémiologique du projet s’attache à identifier les patients allergiques ou sensibilisés aux antigènes d’Anisakis. Le rôle de la fréquence d’exposition aux antigènes d’Anisakis dans le développement de l’allergie sera également évalué dans différentes populations: pêcheurs, personnel travaillant dans les ateliers de transformation du poisson, population non exposée.

Références

FAO. The state of world fisheries and aquaculture. 2014. pp 243. ISSN 1020-5489.

AFSSA. Évaluation des risques nutritionnels et sanitaires. Priorités 2004/2007. Rapport, juillet 2004.

CALIPSO. Étude des Consommations Alimentaires de produits de la mer et Imprégnation aux éléments traces, Polluants et Oméga 3. Document AFSSA, 2006.

L'anisakidose

Agent causal

Les Anisakidés sont des vers ronds appartenant à la classe des Nématodes. Ils sont connus sous les noms de vers du hareng ou du cabillaud bien qu’ils puissent être retrouvés dans bien d’autres espèces. Leurs larves (Figure 1) mesurent environ 2 centimètres, sont de couleur blanchâtre le plus souvent ou rougeâtre plus rarement et s’enkystent dans les filets ou les viscères des poissons. Elles sont capables d’infecter l’homme et provoquent alors une infection parasitaire nommée Anisakidose. Anisakis simplex (l’infection induite se nomme ici Anisakiose) et Pseudoterranova decipiens sont les deux espèces les plus fréquemment retrouvées chez l’homme.

Figure 1. Larve d’Anisakis sp. (© Anses - Laboratoire des produits de la pêche de Boulogne-sur-mer)

Cycle biologique

L’Anisakidose, résulte de l’infection accidentelle de l’homme par le stade larvaire de plusieurs espèces de nématodes Anisakidés présent dans la chair de poisson (ou plus rarement de céphalopode) ingérée crue ou insuffisamment cuite (Figure 2, flèche bleue).
Chez l’homme, le parasite reste à l’état larvaire et ne survit pas longtemps (de quelques heures à environ 3 semaines). Les hôtes naturels des Anisakidés sont les mammifères marins, chez qui les nématodes parviennent à l’état adulte dans l’estomac ; ils s’y reproduisent et pondent des œufs qui sont libérés dans le milieu marin via les matières fécales de ces animaux. Les œufs éclosent et libèrent une larve nageuse qui est ingérée par un crustacé, hôte intermédiaire.
Ce crustacé infecté est ensuite ingéré par un poisson ou un céphalopode. Ces hôtes deviennent à leur tour porteurs de la larve de nématode qui peut se ré-enkyster chez un autre poisson prédateur plus gros qui se sera nourri d’un poisson/céphalopode infecté. En bout de chaine alimentaire, les larves passent finalement aux mammifères marins, prédateurs de poissons/céphalopodes, qui sont fréquemment infectés par les Anisakidés.

Figure 2. Cycle biologique des Anisakidés (Center for Disease Control & Prevention)

Prévalence

La prévalence de l’Anisakidose est élevée dans les pays où la population consomme fréquemment du poisson cru ou peu cuit. Il y a environ 20 000 cas humains rapportés dans le monde.
Le Japon est le pays industrialisé le plus touché avec près de 2500 cas par an. En Europe, les pays où l’Anisakidose est communément rapportée sont l’Espagne, la Norvège, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie. L’incidence exacte est difficile à connaître, mais semble être en moyenne de moins de 20 cas par pays et par an. En France, un rapport de l’InVS estimait en 2003 l’incidence à 8 cas par an, données provenant d’une étude datant de 1985-1987. Depuis une vingtaine d’années, le nombre de cas rapportés en Nouvelle Zélande, au Canada, au Brésil, au Chili et en Egypte augmente.
Cette augmentation de la prévalence des cas d’Anisakidose peut être expliquée par une tendance alimentaire à la mode qui consiste en la consommation de poisson cru, la protection de mammifères marins ainsi que les progrès effectués dans le domaine du diagnostic de la parasitose par endoscopie.
Les aliments communément incriminés dans la transmission de l’Anisakidose à l’homme sont les poissons ou céphalopodes porteurs de larves d’Anisakidés contaminantes, s’ils sont consommés crus, peu cuits ou conservés dans des préparations à faible teneur en sel ou en acide acétique. Voici quelques exemples de préparations culinaires pouvant être à risque de transmission: les sushis et sashimis, le Ceviche, les harengs fumés (saur) ou marinés (Rollmops), le Bagoong, les anchois vinaigrés, la boutargue (préparation à base d’œufs de poisson séché ou fumé), etc.

Figure 3. Larves d'Anisakis sp. (flèches) dans un filet de brosme (Brosme brosme). Crédits photo: Anses - Laboratoire des produits de la pêche de Boulogne-sur-mer.

Signes cliniques

Les symptômes dépendent de la localisation de la larve d’Anisakidé dans le tube digestif. Si la larve se localise au niveau de l’estomac, les symptômes surviennent dans les heures qui suivent le repas infestant et se manifestent par une douleur stomacale violente qui peut être associée à des nausées ou des vomissements. La larve peut alors être naturellement expulsée ou enlevée grâce à un endoscope. Les douleurs cessent alors en quelques jours. Si la larve persiste, les symptômes peuvent devenir chroniques pseudo-ulcéreux et durer plusieurs semaines voire mois. Des atteintes intestinales (principalement des douleurs abdominales) peuvent aussi survenir 5 à 7 jours après le repas infestant.
De plus rares cas d’allergies ou de sensibilisation aux antigènes d’Anisakis sp. ont également été rapportés. Les manifestations cliniques sont alors l’urticaire, l’oedème de Quincke ou même le choc anaphylactique. Cette symptomatologie peut être déclenchée par des larves d’Anisakis sp., vivantes ou mortes car les antigènes sont thermostables.

Prévention

Pour se protéger du risque de parasitisme par les nématodes Anisakidés, il faut recommander aux consommateurs de cuir à cœur le poisson de mer frais. Pour les amateurs de poisson cru, il est conseillé de congeler le poisson pendant 7 jours dans un congélateur domestique. La découpe en tranches fines (carpaccio) permet de détecter et d’ôter les larves éventuellement présentes.
Il n’est pas recommandé de consommer les œufs de poisson, la laitance ou les viscères (foie) s’ils n’ont pas été cuits préalablement car les parasites sont beaucoup plus fréquents dans la cavité viscérale des poissons que dans les filets. Une éviscération rapide du poisson pêché est également conseillée afin de limiter la migration des larves dans les filets. Cependant, l’éviscération n’évite pas complètement le risque puisque des larves d’Anisakidés s’encapsulent dans les muscles du poisson vivant.
L’éviction des allergènes est la seule mesure de prévention efficace contre le développement de l’allergie aux Anisakis sp.
Les Anisakidés sont naturellement présents dans tous les océans du monde et aucune espèce de poisson sauvage ne semble être épargnée. Les poissons d’élevage nourris avec une alimentation contrôlée (ex : le saumon d’élevage) sont quasi-exempts de parasites dans leurs filets.

Références

Hochberg NS, Hamer DH. 2010. Anisakidosis: perils of the deep. Clin Infect Dis. 51(7):806-812.

Pravettoni V, Primavesi L, Piantanida M. 2012. Anisakis simplex: current knowledge.  Eur Ann Allergy Clin Immunol. 44(4):150-156.

Liens utiles

CDC (Center for Disease Control and Prevention, Atlanta, USA)

Fiche ANSES sur les Anisakidés

Laboratoire Italien de référence sur les parasites (en particulier, Trichinella, Echinococcus and Anisakis), Istituto Superiore di Sanità (ISS), Roma, Italy.

Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) Assessment and Management of Seafood Safety and Quality.

Institut Français de Veille Sanitaire (InVS) - Morbidité et mortalité dues aux maladies infectieuses d’origine alimentaire en France (Juin 2003).

Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) Panel on Biological Hazards (BIOHAZ) ; Scientific Opinion on risk assessment of parasites in fishery products. EFSA Journal 2010 ; 8(4):1543. [91 pp.]. doi:10.2903/j.efsa.2010.1543.

 

 

La cryptosporidiose

Agent causal

Les organismes Cryptosporidium sont des protistes microscopiques appartenant au groupe des Apicomplexa (Fig. 1). Plus de 20 espèces du genre Cryptosporidium peuvent être à l’origine de la cryptosporidiose, une infection parasitaire qui se développe chez l’Homme et de nombreux animaux. Six espèces de Cryptosporidium peuvent infecter l’Homme dans le monde mais la plupart des infections humaines sont attribuées à C. parvum et C. hominis.

Figure 1. Oocystes (forme de résistance) de Cryptosporidium colorés au Ziehl-Neelsen (à gauche) ou fluorescents (à droite). Crédits photos: G. Certad, laboratoire BDPEE, Institut Pasteur de Lille.

 

Cycle biologique

Les animaux et les hommes se contaminent en ingérant les formes résistantes et infectieuses de Cryptosporidium : les oocystes qui contiennent 4 sporozoïtes infectieux. Ces oocystes peuvent être présents dans les eaux récréatives ou de boisson ainsi que sur les fruits et les légumes. La transmission a alors lieu par voie oro-fécale.
Après l’ingestion, l’oocyste s’exkyste et le parasite envahit les cellules intestinales épithéliales. Dans ces cellules, le parasite subit des multiplications asexuée et sexuée, donnant ainsi lieu à des oocystes nouvellement formés qui, dès qu’ils atteignent l’environnement, sont immédiatement infectieux pour un nouvel hôte ou qui peuvent maintenir un cycle d’auto-infection.

 

Figure 2. Cycle biologique de Cryptosporidium spp. (Center for Disease Control & Prevention)

Prévalence

Les organismes du genre Cryptosporidium sont répartis dans toutes les régions du monde sauf l’Antarctique. Ils sont plus fréquents dans les pays en développement.

Leur transmission est zoonotique puisque les êtres humains (ou les animaux) peuvent acquérir l’infection en ingérant des produits agricoles ou de l’eau contaminés par des matières fécales provenant d’êtres humains, de bovins ou d’autres animaux d’élevage.

Les Cryptosporidium spp. sont parmi les pathogènes entériques les plus communs et les plus virulents parce que (i) l’oocyste est immédiatement infectieux suivant l’excrétion, (ii) un faible nombre d’oocystes est capable de provoquer l’infection, (iii) les oocystes peuvent résister durant des mois dans l’environnement et (iv) peuvent survivre pendant 10 jours dans des eaux récréatives même correctement chlorées.

Deux espèces de Cryptosporidium ont été décrites chez les poissons mais aucune donnée n’a montré qu’elles pouvaient infecter les espèces mammifères. Néanmoins, il a été rapporté que des sous-types de Cryptosporidium qui sont infectieux pour l’Homme pouvaient infecter les poissons (the Fish-Parasites network, données non publiées ainsi que Koinari et al., 2013). Le risque d’ingérer du poisson cru contaminé par des oocystes de Cryptosporidium est rare mais ne peut être exclu.

Signes cliniques

La sévérité de la maladie varie en fonction de l’âge, du statut nutritionnel et immunitaire de l’hôte et est aussi en relation avec la virulence de l’espèce ou de la souche de Cryptosporidium. Beaucoup d’infections sont asymptomatiques, spontanément résolutives et souvent non diagnostiquées. Le symptôme principal est la diarrhée aqueuse. D’autres symptômes peuvent être des crampes abdominales, une fatigue, des nausées et une anorexie. Fièvre et vomissements peuvent aussi survenir. La diarrhée due à Cryptosporidium tend à persister plus longtemps (médiane de 5-10 jours) que celle causée par d’autres pathogènes gastrointestinaux.

Chez les adultes immunocompétents, la maladie guérit spontanément. Chez les enfants (en particulier dans les pays en développement), la diarrhée dure souvent 14 jours ou plus. La cryptosporidiose est la seconde plus grande cause de maladie diarrhéique et de mort chez les enfants. Chez les personnes atteintes par le VIH/SIDA (avec un taux de CD4 inférieur à 100 cellules/ml), la diarrhée peut être sévère et accompagnée de malabsorption, perte de poids et fort nombre de cas de mortalité.

Prévention

La prévention contre les organismes du genre Cryptosporidium est difficile à cause du leur fort pouvoir infectieux et de leur résistance à la désinfection. L’espoir d’améliorer la prévention se base sur le développement d’un vaccin efficace pour la population à risque, principalement les enfants et les personnes immunodéprimées. Entre temps, on pourra recommander à ces personnes fragiles de consommer de l’eau minérale, d’éviter les eaux récréatives (même correctement chlorées), de bien cuire les aliments qui peuvent être contaminés par les oocystes (fruits, légumes, poisson, etc.) et de se savonner les mains avant de préparer la nourriture ou de la manger.

Références

Chalmers RM & Katzer F. 2013. Looking for Cryptosporidium: the application of advances in detection and diagnosis. Trends Parasitol. 29(5):237–51. doi:10.1016/j.pt.2013.03.001

Checkley W, White AC Jr, Jaganath D, Arrowood MJ, Chalmers RM, Chen XM, Fayer  R, Griffiths JK, Guerrant RL, Hedstrom L, Huston CD, Kotloff KL, Kang G, Mead JR, Miller M, Petri WA Jr, Priest JW, Roos DS, Striepen B, Thompson RC, Ward HD, Van  Voorhis WA, Xiao L, Zhu G, Houpt ER. 2014. A review of the global burden, novel diagnostics, therapeutics, and vaccine targets for Cryptosporidium. Lancet Infect Dis. Sep 29. pii: S1473-3099(14)70772-8. doi: 10.1016/S1473-3099(14)70772-8.

Koinari M, Karl S, Ng-Hublin J, Lymbery AJ, Ryan UM. 2013. Identification of novel and zoonotic Cryptosporidium species in fish from Papua New Guinea. Vet Parasitol. 198(1-2):1-9.

Shirley DA, Moonah SN, Kotloff KL. Burden of disease from cryptosporidiosis. 2012. Curr Opin Infect Dis. 25(5):555-63.

Striepen B. 2013. Parasitic infections: Time to tackle cryptosporidiosis. Nature. 503(7475):189–91.

Liens utiles

CDC

Fiche ANSES sur Cryptosporidium

Réseau national de surveillance de la cryptosporidiose, Crypto-Anofel

Eurosurveillance

WHO, Risk assessment of Cryptosporidium in drinking water

La diphyllobothriose

Agent causal

Diphyllobothrium latum est un ver plat rubané (classe des Cestodes, ordre des Diphyllobothriidea, famille des Diphyllobothriidae) d’une dizaine de mètres qui peut vivre plusieurs années (Fig.1). Il est responsable d’une infection parasitaire digestive appelée la diphyllobothriose.

Figure 1. Diphyllobothrium latum ou ténia du poisson, ver adulte.

Cycle Biologique

Le cycle biologique (Fig. 2) du parasite comprend un hôte définitif : l’homme (et d’autres mammifères piscivores) et au moins deux hôtes intermédiaires : un crustacé planctonique et un ou des poissons d’eau douce. Lors de conditions environnementales favorables, les oeufs émis dans les eaux douces avec les matières fécales de l’hôte définitif terminent leur maturation en 8 à 12 jours puis éclosent et libèrent un embryon cilié. Celui-ci est ingéré par un crustacé microscopique du genre Cyclops ou Eudiaptomus et se transforme en larve procercoïde au sein de la cavité générale. Lorsqu’un poisson carnivore ingère ce crustacé planctonique, cette larve se transforme en un second type de larve dite plérocercoïde, longue de quelques millimètres (Fig. 3). Celle-ci s’enkyste dans la musculature ou les viscères du poisson. L’homme et d’autres mammifères piscivores se contaminent alors, en ingérant la chair crue ou insuffisamment cuite de ces poissons d’eau douce. Une fois dans l’intestin de l’hôte définitif, la larve plérocercoïde grandit de plusieurs centimètres par jour et les premiers oeufs sont émis avec les selles, environ un mois après l’infestation. Il existe plusieurs espèces de ce parasite, pathogènes pour l’homme, mais seule l’espèce D. latum peut être contractée à partir de poissons d’eau douce métropolitains. Cependant, des cas de diphyllobothriose à D. nihonkaiense (espèce du Pacifique) ont été observés chez des consommateurs de saumons (Onchorynchus sp.) importés du Pacifique (Canada).

Figure 2. Cycle de vie de Diphyllobothrium latum.

Prévalence

La diphyllobothriose est toujours présente en Europe occidentale. Elle est en décroissance dans les pays baltes ou scandinaves qui constituaient les foyers historiques de la parasitose. Par contre, elle semble être en émergence dans les zones francophones et italophones des lacs périalpins où une pêche professionnelle existe souvent. Depuis 1987, plus de 200 cas ont été signalés ou publiés autour des lacs Léman, de Morat, de Bienne, Majeur, de Côme, d’Iseo et de Garde. Le lac Léman semble particulièrement touché puisque 48 cas de contamination ont été identifiés sur ses bassins versants suisses et français en 2001 et 2002. Entre 2002 et 2007, 44 cas ont été identifiés dans les laboratoires d’analyse médicale de Haute-Savoie. Les aliments impliqués sont la chair crue (filets marinés, carpaccio, etc.) ou les oeufs crus de poissons d’eau douce : perche (Perca fluviatilis), brochet (Esox lucius), omble chevalier (Salvelinus alpinus), lotte (Lota lota), etc. 4 à 10 % des filets de perches consommés sur les bords du lac Léman sont porteurs du parasite. Les corégonidés (féras) et probablement, les salmonidés européens du genre Salmo sont réfractaires à D. latum. Les salmonidés canadiens du genre Onchorynchus peuvent héberger des larves de D. nihonkaiense.

 

Figure 3. Une larve plérocercoïde de Diphyllobothrium latum dans un filet de poisson.

Signes cliniques

Le parasitisme se manifeste par des douleurs abdominales et l'émission d'anneaux ressemblant à ceux du ténia. Des anémies par carence en vitamine B12 ont été décrites en cas d’infestation prolongée chez des populations dénutries.

Prévention

La prévention repose sur une cuisson suffisante du poisson (65°C)  ou sur sa congélation à - 20°C pendant 8 à 72 heures selon l’épaisseur du poisson. En matière d’hygiène collective, un traitement des eaux usées dans des stations d’épuration modernes est susceptible d’interrompre le cycle de transmission.

Références

Dupouy-Camet J,Haidar M, Espinat L, Dei-Cas E, YéraH, Ben MostafaA, Guillard J, Aliouat-Denis CM. 2014. Prévalence de l’infestation par Diphyllobothrium latum de différents poissons des lac Léman, du Bourget et d’Annecy et évaluation de l’incidence des cas humains auprès des laboratoires d’analyse médicale de la région (2011-2013). Bulletin épidémiologique de l’ANSES. Santé animale et alimentation. Sous presse.

Dupouy-Camet J & Peduzzi R. 2004. Current situation of human diphyllobothriasis in Europe. Euro Surveillance, 5:31-35. Version originale anglaise. Résumé en français.

Nicoulaud J, Yéra H & Dupouy-Camet J. 2005. Prévalence de l'infestation par Diphyllobothrium latum, L., 1758 chez les perches (Perca fluviatilis) du lac Léman. Parasite, 12(4):362-4.

Yéra H, Estran C, Delaunay P, Gari-Toussaint M, Dupouy-Camet J, Marty P. 2006. Putative Diphyllobothrium nihonkaiense acquired from a Pacific salmon (Oncorhynchus keta) eaten in France; genomic identification and case report. Parasitol Int, 55(1):45-9.

Von Bonsdorff B. 1977. Diphyllobothriasis in man. Editions Academic Press, Londres.

Wicht B, Peduzzi R & Dupouy-Camet J. 2010. Diphyllobothriose. In: Actualités permanentes en bactériologie clinique, vol. IX, Editions ESKA, Paris.

Liens utiles

CDC

FAO/OMS

Reportage de la Télévision Suisse Romande, sur le risque de manger des poissons crus

Fiche ANSES sur Diphyllobothtrium

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